Bilan du festival

Les chiffres : 10 films....10 000 enfants !

Le succès a donc été au rendez-vous : plus de 10 000 enfants sont allés, certains pour la première fois, au cinéma !

Naplouse représente à elle seule presque la moitié des entrées totales du festival (48%), soit 5000 spectateurs suivie de près par Gaza (35%) 3739 spectateurs et loin derrière, Jérusalem (11% soit 1128 spectateurs ), Ramallah (4% - 452 spectateurs) et Bethléem (230 spectateurs - 2%).

La dimension à prendre en compte afin de mettre en perspective ces résultats est la capacité d’accueil de ces salles : 400 places pour Jérusalem, 350 pour le PCRS Gaza, 1000 pour Naplouse, 300 pour Bethléem, 350 pour Ramallah.

Et voici le nombre de séances par villes :
Gaza : 14 projections
Naplouse : 11 projections
Ramallah : 7 projections (dont une annulation pour l’Enfant Lion)
Jérusalem : 3 projections
Bethléem : 2 projections

Ces chiffres méritent que nous nous y attardions un moment. Chaque ville de Palestine a un profil très différent, tant sur le plan économique que social et le bouclage des villes par les Israéliens compte beaucoup dans le domaine de la diffusion de la culture. L’enfermement est par exemple plus fort à Naplouse et Gaza qu’à Ramallah ou Bethléem. Enfin, les villes de Ramallah (surnommée la capitale culturelle de Palestine) et Bethléem abondent de spectacles de danse, théâtre, de concerts, séances de cinéma, festivals et autres manifestations locales ou internationales diverses. Les populations sont habituées à une offre culturelle plutôt variée.

Gaza et Naplouse :

Gaza est sûrement le cas le plus extrême puisque que nous avons affaire à une prison à ciel ouvert. Gaza et Naplouse sont bordées de camps de réfugiés ou bien en abritent en leur sein. Le taux du nombre de chômeurs arrive dans quelques zones de la ville de Naplouse à 60%. Il arrive même à 80% dans ses villages et ses camps. L’offre culturelle est quasi nulle si ce n’est l’action des Centres Culturels Français et quelques O.N.G locales comme Nablus the Culture, Project Hope, Al Qattan, Sunbula et beaucoup d’autres encore, qui proposent des cours de musique, de théâtre, de langues étrangères, etc. Le cinéma tel que nous l’entendons (projection en salle, sur grand écran, en Dolby et en 35mm) est en tout cas absent, et les projections se font en dvd la plupart du temps. Cependant, le CCF de Gaza essaie de projeter assez régulièrement des films en 35mm dans le cinéma du PRCS et le CCF de Naplouse commencera certainement des séances en 35mm très bientôt puisque la salle a été inaugurée mi-avril 2007. Pour information, Naplouse n’a pas eu de salle de cinéma depuis vingt ans.


Jérusalem-est et Bethléem

A Jérusalem-est, le cinéma est une salle polyvalente dont le directeur privilégie le théâtre et la danse. Les séances de cinéma sont donc peu nombreuses et hors billetterie. Pour Bethléem, le profil est assez semblable : une salle polyvalente au sein de l’International Center, peinte en blanc des murs au plafond, avec d’immenses vitres, ce qui la rend peu appropriée aux projections. Cette salle se concentre avant tout sur le spectacle vivant et les conférences.

Ramallah

Le cinéma de Ramallah est aussi un théâtre et l’équilibre entre les deux art est assuré. Deux salles permettent de jongler avec les besoins des différents spectacles ou séances de cinéma. La programmation est variée : danse, théâtre, festivals et cinémas égyptiens, indiens, américains, français… Le cinéma de Ramallah est une salle du réseau EUROPA CINEMAS et a notamment un partenariat avec le cinéma de Bayonne en France, L’Atalante, dans le cadre d’un projet de cinema itinérant.

Le nombre de séances dans chaque lieu a été décidé avec les directeurs des CCF et des cinémas selon leurs disponibilités de personnels et de programmation.

La réception des films

Présentation des séances/Réactions des enfants

Chaque séance faisait l’objet d’une présentation par l’équipe de Cinéma public (avec traduction). Nous faisions chaque fois une présentation globale du projet, de son contexte et de ses partenaires, des villes participantes en Palestine, et enfin du film en lui-même (auteur, origine, technique, histoire). Les cartes postales des films étaient distribuées à tous les enfants, ainsi que la grille de programmation (pour tous) et les catalogues, quant à eux, étaient distribués avec parcimonie, aux professeurs et aux parents.
A chaque séance, les tickets de cinéma ont été donnés.

Accueil des publics

Les situations diffèrent selon les villes :
A Ramallah, les enfants se rendaient au cinéma à pied ou bien en car avec leurs professeurs. Des spectateurs,en dehors du cadre scolaire, se déplaçaient aussi sur le festival. Le nombre de spectateurs à gérer par séances était plutôt bas avec une moyenne 76 entrées et était pris en charge par le personnel du cinéma.

A Jérusalem, le personnel du CCF a encadré toutes les séances avec nous et les professeurs étaient présents. La salle était comble à chaque fois. Les élèves se sont bien tenus, excepté ceux du collège des frères le jour de la séance de l’Etrange Noel de Monsieur Jack de Tim Burton. D’une part, ils étaient trop jeunes par rapport à l’âge conseillé pour le film (11 ans et plus) et d’autre part, ils étaient bien trop nombreux par rapport à la capacité de la salle : beaucoup d’entre eux étaient assis sur les marches.

A Naplouse et à Gaza, nous avions prévu des bus afin de faire venir les enfants des endroits les plus réculés, et afin de toucher les camps de réfugiés. Au total, c’est plus de 100 bus qui ont emmené une cinquantaine d’enfants jusqu’aux salles (6000 enfants, plus de la moitié du public du festival est donc venu par cars).

C’est dans ces deux villes que nous avons realisé le plus d’entrées.

A Naplouse, la ville n’a pas connu de séance de cinéma depuis vingt ans : avec une moyenne de 460 spectateurs par séance dont 80% d’enfants, la gestion du public était assez complexe. Nous devions attendre que tous les bus en provenance des camps d’Askar et Balata ou des écoles publiques et privées des alentours arrivent avec leur flot d’enfants qui s’installaient tranquillement dans la salle, avant de commencer le film. Cela pouvait bien prendre 30 à 40 minutes sachant que des spectateurs continuaient d’entrer dans la salle tout au long du film. La grande majorité des enfants se tenaient très bien et attendaient sagement le début de la séance. Les étudiants du campus étaient curieux des séances de cinéma et prenaient eux aussi place dans l’amphi quand leur emploi du temps le leur permettait. Enfin, des adultes et des familles de Naplouse venaient aussi d’eux-mêmes au cinéma. Pour l’accueil, nous étions fortement et formidablement soutenues par l’équipe du CCF de Naplouse, des bénévoles de l’ONG Project Hope et quelques étudiants du département de français.
Le personnel de l’université s’est aussi largement impliqué sur l’aspect logistique et technique des séances avec beaucoup d’énergie et d’enthousiasme.

A Gaza, l’organisation fut également exemplaire. Sur chaque séance, les réservations en amont avaient été prises, les bus retenus. Les étudiants du département de l’université Al Aqsa ont été présents sur toute la semaine du festival. Ils ont été formés au système de surtitrage et ont pu nous assister. Ils ont également assuré l’interprétation en direct de certains films avec Ihab, le traducteur du Centre culturel français.
A Bethléem, l’organisation fut plus compliquée, le personnel de l’international center étant moins impliqué et aucun partenariat avec des universités ayant été noué.

L’âge des enfants

Précisons d’abord que la plupart des films avaient fait l’objet d’une préconisation par âge. Nous nous sommes vite apercus, que dans le contexte palestinien, il était impossible de maîtriser l’âge des groupes se rendant aux séances. Nous avons donc pu voir des enfants de 9/10 ans se rendant aux séances des contes de la mere poule (alors que celui-ci est destine aux plus petits) et des enfants de 4/5 ans à la séance de Peau d’âne.

Accueil des films

En dépit de cela, les séances se sont extrêmement bien déroulées, dans un enthousiasme géneral. Le jeune public des territoires se révèle un public curieux, enthousiaste, en attente et attentif.
Un des facteurs du succès du festival a probablement été le fait que les films, en plus d’être surtitrés, étaient interprétés en direct, le plus souvent de manière trrès vivante. Le traducteur, à Gaza, fit même l’effort de traduire en arabe dialectal et on l’entendit trouver des équivalents pour les haikus de princes et princesses avec un grand bonheur !!!!

Les deux films qui ont rencontré le plus grand succès furent Azur & Asmar de Michel Ocelot et Le Cirque de Charlie Chaplin. Les enfants ont ri et applaudi lors des séquences de Chaplin qui mettent en scène des animaux. Ils ont aimé l’histoire d’Azur et Asmar entre l’orient et l’occident et la beauté du graphisme. Les enfants étaient littéralement transportés par l’ambiance Mille et une nuits, la musique, les couleurs. Il y eut un tonnerre d’applaudissements lors de la scène finale où les deux frères, Azur et Asmar, finalement réunis, épousent respectivement la fée des Djinns et la fée des Elfes.
L’enthousiasme était aussi au rendez-vous pour Princes et Princesses d’Ocelot et le film d’animation inédit de de Pjotr Sapegin Les Contes de Grand-Papa dont les visuels ont étonné les foules : la plupart d’entre eux n’avaient en effet jamais vu de pâte à modelée animée.
Plus inattendu, car nous avions eu quelques mises en garde eu égard au sujet de ce magnifique film – un roi veut épouser sa fille –, fut le grand succès de Peau d’âne à Gaza. Nous ne nous attendions pas à ce que le décor si féérique de Peau d’âne, mais en même temps avec des décors proprement occidentaux, plaise à ce point.
Le public était ce jour là composé de beaucoup de garcons d’une dizaine d’années et nous craignions qu’ils se désintéressent d’une histoire de princesse. Bien au contraire : les séquences relevant le plus typiquement du conte (la séquence de l’anneau) furent aussi les plus applaudies.

Les burlesques en général, Le Cirque/ Sherlock Jr et le court-métrage One Week/ ont suscité rires et applaudissements. L’euphorie que ces séances ont déclenché nous a conforté dans l’idée de préparer une programmation consacrée aux films muets burlesques dans l’éventualité d’une deuxième édition du festival.

Les Contes de la Mère Poule, ont été très bien accueillis par tous les types de publics et ont permis aux moins de cinq ans mais aussi aux sourds et malentendants de venir assister aux séances.
Le film le moins bien reçu fut L’Etrange Noël de Monsieur Jack de Tim Burton. Trop second degré ? Avec un humour moins accessible ? un univers qui ne séduit pas le public du Moyen orient ?
Pour ce qui est de la Belle et la Bête, les conditions de projection (passage à Béthléem dans une salle où on ne pouvait obtenir le noir complet, ce qui rendait ce film en noir et blanc guère visible) n’ont probablement pas aidé à une bonne réception du film. Par ailleurs, il s’agit d’une des rares séances qui n’était pas interprétée en direct.

Enfants au cinéma

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