L’exposition photo

L’exposition photo : cinéma(s) de Palestine

« J’ai déposé une demande officielle auprès du service de presse israélien sur mon projet d’exposition consacrée au « Cinéma en Palestine ». On m’a répondu : La Palestine n’existe pas, veuillez reformuler votre proposition en inscrivant « Le cinéma en Israël. Exemple à Gaza ».
Cédric Faimali, photographe associé au Collectif Argos.

L’exposition est visible du 15 juin au 21 juin à Champigny-sur-Marne

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Textes et entretiens réalisés par Aude Raux

Que reste-t-il du cinéma en Palestine ? Des bobines rouillées jonchant un sol poussiéreux. Des affiches délavées aux bords déchirés qui virent, volent, virevoltent au gré des courants d’air. Des portes murées aux serrures enchaînées. Une salle désertée sans éclats de rires, sans murmures et pleurs étouffés.

Sur l’ensemble du territoire palestinien, il y a une vingtaine d’années, on recensait 4 cinémas à Jérusalem, 4 à Ramallah, 4 à Naplouse, 3 à Bethléem, 4 à Gaza, 1 à Khan Younès et 1 à Raffa.
Depuis la première Intifada, déclenchée en 1987, il n’existe plus qu’un seul cinéma commercial : Deux salles de 367 et 280 places ouvertes à Ramallah en Cisjordanie en 2000 grâce à des fonds occidentaux privés. Son nom, « Al-Kasaba ». Chaque jour son directeur se bat pour illuminer l’écran. « Que serait la vie sans la culture et l’art » ? se demande-t-il. A l’affiche en ce mois de mars 2007 : World Trade Center. Pierro le Fou. Sans oublier les incontournables films indiens et égyptiens.

« Je travaille à Al Kasaba depuis son ouverture. Mais je continue d’habiter à Jérusalem. Chaque matin, je fais le trajet en voiture. Cela devrait me prendre un quart d’heure, mais avec tous les barrages militaires des Israéliens, la route est longue. Parfois, je mets 3 heures pour arriver jusqu’ici.
De la fenêtre de mon bureau, on voit l’avenue principale de Ramallah. Régulièrement, les ambulances passent, ainsi que les cortèges funéraires. Cela m’est devenu habituel. Or cette vie n’est pas normale.
Ce que j’aime dans le cinéma, c’est qu’il nous emporte dans un autre monde. J’aime regarder les visages du public allant du rire aux larmes. Le cinéma c’est tellement plus que de la technique. On fait passer des émotions dans l’esprit des gens, et cela les poursuit longtemps après.
Mon projet serait de monter un cinéma mobile pour apporter les films à ceux qui n’y ont pas accès. Mais pas question, comme on me l’a proposé un jour, de réaliser des projections sur le mur de l’apartheid qu’érigent les Israéliens. Si vous l’utilisez, il existe. Si vous ne l’utilisez pas, il n’existe plus ».
Muaz Aljubeh, directeur technique d’Al-Kasaba.

Dans la ville de Gaza, le Palestine Red Crescent Society a ouvert en 2000 une salle de cinéma de 400 places surnommé « El Hilal », Le Croissant. Une fois par semaine, cet organisme humanitaire organise des projections. Le centre culturel français y passe également des films deux fois par mois.
En ce mercredi 28 mars 2007, 450 enfants de 7 à 15 ans, venus des camps de réfugiés de toute la bande de Gaza, regardent pour la première fois de leur vie des images s’animer sur un écran géant. Dans le cadre de la « Semaine de cinéma pour enfants », Spike Kids est projeté … en 3 D.

« Quand un enfant est amené à ramasser des cartouches de balle pour récupérer le cuivre et le vendre afin de pouvoir se nourrir, le cinéma paraît secondaire, accessoire ». Kamel, 27 ans. Responsable des relations générales dans la sécurité préventive.

« Depuis la première Intifada, ma vie se résume à dormir, travailler, manger. Je n’ai plus l’occasion dans cette prison à ciel ouvert qu’est devenue la Bande de Gaza de m’évader en allant au cinéma. La dernière séance à laquelle j’ai assisté, on projetait un film indien. C’est toujours la même histoire, mais on ne se lasse pas de la recette : un peu d’amour, un peu de danse, un peu d’épices et un peu de combat ! Ce qui me rend le plus triste, c’est pour les enfants : Sans le cinéma, leur culture, c’est le sang ».
Mohamed, 44 ans, employé au département des relations internationales du gouvernement palestinien.

Construit en 1958, à Gaza, le cinéma Al Nasr pouvait accueillir 1500 personnes. C’était le plus grand de toute la Palestine. 5 films y étaient projetés chaque jour. En 1987, à cause de l’Intifada, plus personne n’ose s’y rendre. Le cinéma ferme pour rouvrir 7 ans plus tard ... pendant dix mois. Une après-midi, des hommes armés, certainement liés au Hamas, détruisent tout : les sièges, l’écran, le projecteur.

« Ce qui me manque le plus c’est le rayon de lumière qui partait de la cabine de projection et allait illuminer l’écran ». Tawfiq al-Qurm, fils du propriétaire du cinéma Al Nasr.

« A l’époque du cinéma Al Nasr, tous les jeudis soirs, une foule bien habillée se pressait pour voir la dernière création égyptienne. A la sortie, les gens prenaient le temps d’échanger leurs impressions. Aujourd’hui, ils sont seuls devant leur télévision ». Amany Kirim, fille du propriétaire du cinéma Al Nasr.

« Mon film préféré ? C’est le cinéma ». Nabil Diab, coordinateur culturel au Palestine Red Crescent Society.

Quelques photos supplémentaires

Et voici d’autres photos prises pendant le temps du festival.....

© Anne Paq

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