Les ateliers à destination des femmes

Compte rendu de l’atelier de Champigny-sur-Marne


La première rencontre avec les femmes immigrées de Champigny s’est produite 2 semaines avant le début de l’atelier.
Au cours de cette réunion d’informations , une trentaine de femmes d’origines différentes (Afrique, Inde, Brésil, Suède, Turquie, Liban…), âgées entre 20 et 63 ans, étaient présentes. Toutes ces femmes suivent des cours d’alphabétisation ou de soutien à l’Office municipal des Migrants.
Une grande partie de ces femmes ne maîtrise pas le français et ne sait ni lire, ni écrire.
Nous avons décidé de commun accord de travailler ensemble une fois par semaine de 9H à 12h sachant que certaines participantes devaient impérativement quitter l’atelier à 11h pour chercher leurs enfants scolarisés.
J’ai proposé à toutes les femmes de venir assister aux deux premières séances de travail afin de décider si elles avaient ou non envie de continuer cette aventure jusqu’au bout.

Lors de la première session de travail, 28 femmes étaient présentes.
J’ai souhaité travailler avec elles sans la présence des formateurs de l’Office Municipal des Migrants.
Nous avons fait connaissance et parlé de cinéma (ce qu’elles aiment, ce qui les fait rêver au cinéma…),mais aussi de la Palestine.
Nombreuses étaient celles qui se demandaient comment intégrer la Palestine dans le court-métrage à venir.
J’ai demandé à chacune de me décrire en quelques mots ce qu’évoque le mot Palestine pour elle.
J’ai construit une grille de mot et de dessins à partir des paroles de chacune.
Puis nous avons regardé ensemble un court-métrage Palestinien « Be quiet ».
Ce film nous a servi de base et de référence pendant la première étape de travail.
Après la projection, chacune prenait la parole pour exprimer son ressenti.
Puis nous avons essayé ensemble d’identifier ce qu’elles imaginaient de la Palestine et de le repérer en images dans le film.
La grille construite à partir des paroles de chacune nous a aidé à analyser le film et à comprendre la mise en image de telle ou telle réalité.
« Be quiet » raconte un trajet en voiture d’un père et de son fils.
La structure relativement simple de ce film me permettait d’expliquer aux femmes comment raconter une histoire avec un point de départ et un point d’arrivée.
Nous avons convenu d’un jeu d’écriture à partir de leur vécu.

Lors des deux sessions suivantes, 14 femmes étaient présentes.
Chacune a raconté son point de départ de son pays d’origine (le dernier jour, leurs motivations…) et l’arrivée en France (le premier jour, première sortie…).
Puis chacune racontait une anecdote qui lui est arrivé en France, en la détaillant. Nous avons choisi ensemble quelques détails qui nous semblaient caractéristiques de la vie d’une femme immigrée fraîchement débarquée dans une nouvelle terre d’accueil (la solitude, le manque de repère, la difficulté à s’adapter à certains codes…).
À partir de ces détails, chacune inventait une histoire qu’une autre reprenait en inventant une suite… Et ainsi de suite.
Cette étape était décisive. Leurs confidences et histoires diverses les a rapprochée l’une de l’autre.

8 femmes ont décidé de former un groupe d’écriture.
La moyenne d’âge était de 30 ans avec une doyenne de 63 ans.
Elles voulaient raconter une histoire de solidarité entre femmes et insistaient sur une fin joyeuse au film.

Nous avons consacré 5 à 6 sessions à l’apprentissage de l’écriture cinématographique (la notion de scénario, de séquence, de dialogue, de personnage… ) et à l’écriture du scénario du court- métrage.
Nous avons ensuite travaillé le découpage technique avec des exercices pratiques et une première approche de la caméra (à l’aide d’une mini-DV).

Les dernières sessions étaient consacrées au travail de repérage à Champigny puis au dépouillement du scénario et à la recherche d’accessoires, de costumes…

Une comédienne est intervenue à quelques jours du tournage. Une session a été consacrée au jeu dramatique, avec des exercices de respiration, de relaxation mais aussi d’improvisation et de répétition face à la caméra.

Pendant le tournage qui a duré trois jours, les femmes se relayaient à la caméra et au son (entourées d’une opératrice de prise de vue, et d’un ingénieur de son). Une seule femme faisait la scripte et une autre était responsable de la régie.
Pendant quelques sessions de travail et tout au long du tournage, les enfants étaient présents et ont participé à l’atelier en tant qu’acteurs mais parfois aussi derrière la caméra.

Au-delà de l’apprentissage des techniques de fabrication d’un film de fiction, l’atelier a permis à ces femmes de sortir de leur isolement, de s’exprimer en français, mais aussi de se sentir valorisées par une aventure dont elles étaient le moteur du début jusqu’à la fin. Au fil des sessions de travail, elles ont aussi dépassé leur peur de s’exprimer et de se montrer en public. Celles qui refusaient d’être filmées ou photographiées au début figurent finalement dans le film.

Nadine Naous


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