Les ateliers à destination des femmes

Compte rendu de l’atelier de Bethléem


L’atelier de réalisation a été mis en place dans les locaux de l’association TAM (Women Media & Development) dans la ville de Bethléem. Il s’est déroulé entre le 12 et le 31 mars avec 4 jours de congés qui correspondent aux week-ends en territoires palestiniens. Les horaires de stage ont varié selon les étapes de la création. Pour la partie écriture, 5 séances. Pour la partie tournage : 4 journées. Pour la partie montage : 4 séances. Les finitions du film (mixage, sous-titrage et générique) ont été réalisées en France.
La présence d’une traductrice pour la partie écriture a été nécessaire. Pour la partie tournage et montage, nous nous sommes débrouillés avec celles qui parlaient anglais. J’étais assistée sur cet atelier par Suhair Farraj, réalisatrice travaillant à TAM

Les participantes

Au nombre de 8 permanentes, nous avons accueilli pour le tournage 6 autres personnes qui nous ont aidés soit pour la régie soit pour la figuration. Ce qui caractérise ce groupe de femmes est d’abord la diversité. Diversité de l’âge puisque la plus jeune stagiaire a 20 ans (Leila) et la plus âgée 72 (Antoinette). Diversité religieuse puisque le groupe comprenait des femmes musulmanes, des femmes chrétiennes et une communiste. Diversité des origines avec des femmes issues des camps de réfugiés (camp d’Aïda, camp de Déiché), des femmes natives de Bethléem et d’autres venant des villages. Cette diversité s’est révélée d’une grande richesse et complémentarité et nous avons formé au cours de cet atelier une « vraie équipe ». J’ai senti chez chaque stagiaire, une grande motivation et un fort désir d’exister en tant que femme dans un milieu où leur place est plutôt à la maison.

Fahima Manasra 36 ans. Célibataire, elle vit avec ses parents dans un village dont elle est élue au conseil municipal. Bénévole au sein d’une association « Secours Agricole », elle va de village en village former des femmes à la culture d’un potager. Elle a suivi de nombreuses formations. Elle a de sublimes yeux bleus qui rappellent ceux des Bédouins et des mains fortes et burinées que j’aimerais filmer. Elle est très attentive et ne parle qu’à bon escient. Une certaine gravité se dégage d’elle.

Harlam Wahsh 43 ans. Mariée, mère de 4 enfants, elle est originaire de Naplouse. Elle a été emprisonnée pendant 2 ans, accusée d’avoir fabriqué un cocktail Molotov. Durant sa détention, elle a été battue et a eu le nez brisé. Très militante, elle appartient à plusieurs associations qui défendent les femmes et la démocratie. Elle est communiste et revendique avant tout sa citoyenneté de palestinienne ; très volontaire, elle intervient beaucoup, son téléphone sonne souvent, son mari passe… Elle a repris des études pour être assistante sociale.

Ibtisam Abudamd 23 ans, réfugiée, célibataire, elle s’occupe de ses parents malades. Elle n’a pas fait d’études. Elle aime aider les gens et souhaiterait travailler dans l’audio visuel. Elle est très motivée, un peu timide.

Jamalate Abudamd 26 ans, réfugiée, mariée à 17 ans, elle a 2 enfants dont un garçon de 7 ans traumatisé par des bombardements subis à l’âge de 2 ans. Elle a repris des études (littérature anglaise) à l’université, elle milite dans un centre pour la paix et la démocratie. Sûre d’elle et volontaire, elle prend facilement la parole.

Leila Malash. 20 ans, célibataire, elle est réfugiée dans le camp Aïda, elle étudie à l’université et milite au « Secours agricole ». Elle a beaucoup d’imagination et elle intervient rarement mais toujours à bon escient et dégage une joie de vivre pleine d’humour.

Manal Hamamreth, 28 ans, célibataire, réfugiée dans le camp de Deiché. Elle travaille comme femme de ménage à TAM. Elle est d’une famille de 12 filles et sa situation est assez dramatique. Oppressée par ses parents, elle n’est pas sûre d’elle et elle ne s’épanouie qu’au travail. Elle parle volontiers d’elle en petit comité. C’est la première formation qu’elle suit. Samira Abu Srour, 38 ans, réfugiée dans le camp d’Aïda, mariée avec 4 enfants. Elle a repris des études (anglais), elle a beaucoup d’activités bénévoles surtout au centre culturel du camp.Elle est extrêmement motivée, sensible et appliquée, elle intervient souvent.

Antoinette Knécévitch, 72 ans
, native de Bethléem, institutrice à la retraite. Elle est catholique très pratiquante. D’un milieu aisé, elle est très active dans plusieurs associations d’aide aux personnes. Elle parle le français et l’anglais. Elle a une idée par minute et participe beaucoup !


Écriture

J’ai présenté le projet en expliquant pourquoi le choix d’une fiction et notre désir de partir vers l’imaginaire, le possible, le rêve. J’ai parlé des femmes de Champigny et j’ai fait défiler des photos prises pendant leur atelier. J’ai raconté ensuite le scénario que les femmes de l’atelier de Nadine Naous ont imaginé. Elles ont trouvé cette histoire de solidarité intéressante. De leur côté, leur désir est d’exprimer la souffrance du peuple Palestinien et leur combat pour la paix et la démocratie. J’ai montré deux courts-métrages : Be quiet et El Grande Zambini. Avec ces deux supports, nous avons abordé le langage de l’image (les valeurs de plans, les raccords etc.) ainsi que la structure narrative. Plusieurs propositions d’histoire ont été abordées et nous nous sommes mises d’accord à l’unanimité sur une. Nous avons travaillé d’abord sur une continuité séquentielle puis, divisées en 2 groupes, nous avons développé les séquences. Chaque groupe a rendu compte de son travail et ensemble nous avons écrit la version définitive. Le scénario a été traduit en arabe. Pour le découpage technique, nous avons repéré les différents décors et à l’aide d’une petite caméra, les femmes ont fait des propositions de cadre. J’ai bien sûr réajusté techniquement et attiré leur attention sur la nécessité de réfléchir aux raccords de plans. Elles ont très vite compris.

La préparation du tournage

Nous avons mis en place des essais pour la distribution du premier rôle pour lequel deux jeunes filles étaient volontaires (Ibtesam et Leila). J’ai été frappé par l’absence totale de conflit et d’esprit de concurrence. Pour les autres rôles, les choix se sont décidés naturellement en fonction de l’âge des femmes et de leur désir. Les accessoires ont été apportés par les femmes et j’ai acheté à Jérusalem quelques éléments de décor. Le tournage Nous avions distribué les rôles techniques en amont et chaque femme avait sa feuille de service. Le poste de secrétaire de plateau a été partagé entre Séverine Laville, une jeune volontaire française qui travaille à l’association TAM, et une stagiaire qui changeait chaque jour. La cameraman Suheir a pris en charge la formation pour l’image. Une clapman, une perchiste, une décoratrice et une régisseuse complétaient l’équipe. Par ailleurs, une caméra était mise à disposition et empruntée chaque jour par l’une d’entre elles afin de réaliser le « making off » qui sera ensuite monté à l’association TAM par les stagiaires volontaires. Les journées de tournage ont été très denses notamment, celle, passée près du mur. La journée de tournage dans les oliviers a été aussi un beau moment car très peu de femmes ont les moyens d’aller à la campagne. Dans l’ensemble, les tournages se sont bien déroulés bien qu’une certaine lassitude se faisait sentir lorsque nous avions besoin de filmer plus de 5 prises.

Le montage

Toutes les femmes y ont assisté d’une façon assidue et très participative. Nous avons monté sur le logiciel I Movie qui est très simple d’accès. Les femmes ont beaucoup discuté sur le choix des plans et surtout sur la séquence dialoguée. J’ai été frappée par leur souci des détails et du langage. J’ai eu de leur part des missions très précises pour le mixage comme celle d’enlever juste un mot en début de phrase ! Elles ont aussi pris conscience durant cette étape des erreurs de tournage où leurs exigences de précision étaient moindres. Elles ont toutes apprécié le film et elles disent en être très fières.

Conclusion
Le bilan de cet atelier est pour moi totalement positif. D’un point de vue de la formation, le projet a été mené jusqu’à son terme sans difficulté. Les femmes ont été assidues et attentives et toujours dans le plaisir d’être présentes. Elles ont pris beaucoup de notes et certaines souhaitent compléter leur formation par d’autres stages. L’association TAM qui nous a prêté ses locaux et assisté a participé pour la première fois depuis son existence à la création d’une fiction D’un point de vue humain, nous avons constitué une véritable équipe, solidaire, travailleuse et joyeuse. Des femmes très différentes se sont côtoyées et appréciées et resteront en contact. Personnellement, j’ai vécu une aventure inoubliable par la découverte d’un peuple, d’une situation et surtout dans la rencontre de ces femmes courageuses et dignes auxquelles je me suis attachée et que je compte revoir prochainement. Pascale Diez

Top