La réception des films

Présentation des séances/Réactions des enfants

Chaque séance faisait l’objet d’une présentation par l’équipe de Cinéma public (avec traduction). Nous faisions chaque fois une présentation globale du projet, de son contexte et de ses partenaires, des villes participantes en Palestine, et enfin du film en lui-même (auteur, origine, technique, histoire). Les cartes postales des films étaient distribuées à tous les enfants, ainsi que la grille de programmation (pour tous) et les catalogues, quant à eux, étaient distribués avec parcimonie, aux professeurs et aux parents.
A chaque séance, les tickets de cinéma ont été donnés.

Accueil des publics

Les situations diffèrent selon les villes :
A Ramallah, les enfants se rendaient au cinéma à pied ou bien en car avec leurs professeurs. Des spectateurs,en dehors du cadre scolaire, se déplaçaient aussi sur le festival. Le nombre de spectateurs à gérer par séances était plutôt bas avec une moyenne 76 entrées et était pris en charge par le personnel du cinéma.

A Jérusalem, le personnel du CCF a encadré toutes les séances avec nous et les professeurs étaient présents. La salle était comble à chaque fois. Les élèves se sont bien tenus, excepté ceux du collège des frères le jour de la séance de l’Etrange Noel de Monsieur Jack de Tim Burton. D’une part, ils étaient trop jeunes par rapport à l’âge conseillé pour le film (11 ans et plus) et d’autre part, ils étaient bien trop nombreux par rapport à la capacité de la salle : beaucoup d’entre eux étaient assis sur les marches.

A Naplouse et à Gaza, nous avions prévu des bus afin de faire venir les enfants des endroits les plus réculés, et afin de toucher les camps de réfugiés. Au total, c’est plus de 100 bus qui ont emmené une cinquantaine d’enfants jusqu’aux salles (6000 enfants, plus de la moitié du public du festival est donc venu par cars).

C’est dans ces deux villes que nous avons realisé le plus d’entrées.

A Naplouse, la ville n’a pas connu de séance de cinéma depuis vingt ans : avec une moyenne de 460 spectateurs par séance dont 80% d’enfants, la gestion du public était assez complexe. Nous devions attendre que tous les bus en provenance des camps d’Askar et Balata ou des écoles publiques et privées des alentours arrivent avec leur flot d’enfants qui s’installaient tranquillement dans la salle, avant de commencer le film. Cela pouvait bien prendre 30 à 40 minutes sachant que des spectateurs continuaient d’entrer dans la salle tout au long du film. La grande majorité des enfants se tenaient très bien et attendaient sagement le début de la séance. Les étudiants du campus étaient curieux des séances de cinéma et prenaient eux aussi place dans l’amphi quand leur emploi du temps le leur permettait. Enfin, des adultes et des familles de Naplouse venaient aussi d’eux-mêmes au cinéma. Pour l’accueil, nous étions fortement et formidablement soutenues par l’équipe du CCF de Naplouse, des bénévoles de l’ONG Project Hope et quelques étudiants du département de français.
Le personnel de l’université s’est aussi largement impliqué sur l’aspect logistique et technique des séances avec beaucoup d’énergie et d’enthousiasme.

A Gaza, l’organisation fut également exemplaire. Sur chaque séance, les réservations en amont avaient été prises, les bus retenus. Les étudiants du département de l’université Al Aqsa ont été présents sur toute la semaine du festival. Ils ont été formés au système de surtitrage et ont pu nous assister. Ils ont également assuré l’interprétation en direct de certains films avec Ihab, le traducteur du Centre culturel français.
A Bethléem, l’organisation fut plus compliquée, le personnel de l’international center étant moins impliqué et aucun partenariat avec des universités ayant été noué.

L’âge des enfants

Précisons d’abord que la plupart des films avaient fait l’objet d’une préconisation par âge. Nous nous sommes vite apercus, que dans le contexte palestinien, il était impossible de maîtriser l’âge des groupes se rendant aux séances. Nous avons donc pu voir des enfants de 9/10 ans se rendant aux séances des contes de la mere poule (alors que celui-ci est destine aux plus petits) et des enfants de 4/5 ans à la séance de Peau d’âne.

Accueil des films

En dépit de cela, les séances se sont extrêmement bien déroulées, dans un enthousiasme géneral. Le jeune public des territoires se révèle un public curieux, enthousiaste, en attente et attentif.
Un des facteurs du succès du festival a probablement été le fait que les films, en plus d’être surtitrés, étaient interprétés en direct, le plus souvent de manière trrès vivante. Le traducteur, à Gaza, fit même l’effort de traduire en arabe dialectal et on l’entendit trouver des équivalents pour les haikus de princes et princesses avec un grand bonheur !!!!

Les deux films qui ont rencontré le plus grand succès furent Azur & Asmar de Michel Ocelot et Le Cirque de Charlie Chaplin. Les enfants ont ri et applaudi lors des séquences de Chaplin qui mettent en scène des animaux. Ils ont aimé l’histoire d’Azur et Asmar entre l’orient et l’occident et la beauté du graphisme. Les enfants étaient littéralement transportés par l’ambiance Mille et une nuits, la musique, les couleurs. Il y eut un tonnerre d’applaudissements lors de la scène finale où les deux frères, Azur et Asmar, finalement réunis, épousent respectivement la fée des Djinns et la fée des Elfes.
L’enthousiasme était aussi au rendez-vous pour Princes et Princesses d’Ocelot et le film d’animation inédit de de Pjotr Sapegin Les Contes de Grand-Papa dont les visuels ont étonné les foules : la plupart d’entre eux n’avaient en effet jamais vu de pâte à modelée animée.
Plus inattendu, car nous avions eu quelques mises en garde eu égard au sujet de ce magnifique film – un roi veut épouser sa fille –, fut le grand succès de Peau d’âne à Gaza. Nous ne nous attendions pas à ce que le décor si féérique de Peau d’âne, mais en même temps avec des décors proprement occidentaux, plaise à ce point.
Le public était ce jour là composé de beaucoup de garcons d’une dizaine d’années et nous craignions qu’ils se désintéressent d’une histoire de princesse. Bien au contraire : les séquences relevant le plus typiquement du conte (la séquence de l’anneau) furent aussi les plus applaudies.

Les burlesques en général, Le Cirque/ Sherlock Jr et le court-métrage One Week/ ont suscité rires et applaudissements. L’euphorie que ces séances ont déclenché nous a conforté dans l’idée de préparer une programmation consacrée aux films muets burlesques dans l’éventualité d’une deuxième édition du festival.

Les Contes de la Mère Poule, ont été très bien accueillis par tous les types de publics et ont permis aux moins de cinq ans mais aussi aux sourds et malentendants de venir assister aux séances.
Le film le moins bien reçu fut L’Etrange Noël de Monsieur Jack de Tim Burton. Trop second degré ? Avec un humour moins accessible ? un univers qui ne séduit pas le public du Moyen orient ?
Pour ce qui est de la Belle et la Bête, les conditions de projection (passage à Béthléem dans une salle où on ne pouvait obtenir le noir complet, ce qui rendait ce film en noir et blanc guère visible) n’ont probablement pas aidé à une bonne réception du film. Par ailleurs, il s’agit d’une des rares séances qui n’était pas interprétée en direct.

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