Les ateliers à destination des femmes

Le projet : Femmes d’ici et d’ailleurs

En dehors du jeune public, Cinéma public souhaitait aussi travailler en direction des femmes.
Avec le soutien d’Arcadi et de la ville de Champigny, l’association a mis en place de janvier à avril 2007 un atelier de réalisation avec des femmes issues de l’immigration et vivant à Champigny. Le même atelier, avec le même dispositif sera mis en place avec un groupe de femmes issues du camp de réfugiés de Béthléem et qui a eu lieu du 12 mars au 31 mars 2007.

Descriptif du projet

Ces deux groupes de femmes, ici et là-bas, auront en commun l’exil mais selon des modalités évidemment très différentes, vu la spécificité de l’exil et de l’identité palestiniennes.
Le lien entre ces deux ateliers se fera par le biais de la fiction : ainsi les femmes immigrées en France intègreront dans leur scénario des éléments de Palestine qui se retrouveront dans le film des femmes de Béthléem : voir les scénarios.
Une réalisatrice palestinienne (Nadine Naous) encadrera l’atelier en France et c’est une réalisatrice française (Pascale Diez) qui mènera l’atelier en Palestine.
Le DVD réalisé regroupera les deux courts métrages et donnera à voir la manière dont ces femmes « ici » et « ailleurs » vivent leur statut de réfugiées ou d’immigrées, quel est leur quotidien.
Au-delà de l’acquisition de savoirs et de techniques, l’atelier permettra à ces femmes, en réalisant une œuvre collective, de faire l’expérience du « vivre ensemble » et d’affirmer une solidarité entre elles. Pour les femmes issues de l’immigration, cela peut leur permettre de sortir de l’isolement qu’elles peuvent ressentir, de leur difficulté d’intégration au pays d’accueil.
Pour les femmes de Palestine, cet atelier de réalisation d’une fiction commune sollicitera leur imaginaire et leur permettra d’ exprimer leurs rêves et leurs espoirs.

Télécharger la note d’intention artistique :

  •   PDF - 113.9 ko

Télécharger les scénarios :


Compte rendu de l’atelier de Champigny-sur-Marne


La première rencontre avec les femmes immigrées de Champigny s’est produite 2 semaines avant le début de l’atelier.
Au cours de cette réunion d’informations , une trentaine de femmes d’origines différentes (Afrique, Inde, Brésil, Suède, Turquie, Liban…), âgées entre 20 et 63 ans, étaient présentes. Toutes ces femmes suivent des cours d’alphabétisation ou de soutien à l’Office municipal des Migrants.
Une grande partie de ces femmes ne maîtrise pas le français et ne sait ni lire, ni écrire.
Nous avons décidé de commun accord de travailler ensemble une fois par semaine de 9H à 12h sachant que certaines participantes devaient impérativement quitter l’atelier à 11h pour chercher leurs enfants scolarisés.
J’ai proposé à toutes les femmes de venir assister aux deux premières séances de travail afin de décider si elles avaient ou non envie de continuer cette aventure jusqu’au bout.

Lors de la première session de travail, 28 femmes étaient présentes.
J’ai souhaité travailler avec elles sans la présence des formateurs de l’Office Municipal des Migrants.
Nous avons fait connaissance et parlé de cinéma (ce qu’elles aiment, ce qui les fait rêver au cinéma…),mais aussi de la Palestine.
Nombreuses étaient celles qui se demandaient comment intégrer la Palestine dans le court-métrage à venir.
J’ai demandé à chacune de me décrire en quelques mots ce qu’évoque le mot Palestine pour elle.
J’ai construit une grille de mot et de dessins à partir des paroles de chacune.
Puis nous avons regardé ensemble un court-métrage Palestinien « Be quiet ».
Ce film nous a servi de base et de référence pendant la première étape de travail.
Après la projection, chacune prenait la parole pour exprimer son ressenti.
Puis nous avons essayé ensemble d’identifier ce qu’elles imaginaient de la Palestine et de le repérer en images dans le film.
La grille construite à partir des paroles de chacune nous a aidé à analyser le film et à comprendre la mise en image de telle ou telle réalité.
« Be quiet » raconte un trajet en voiture d’un père et de son fils.
La structure relativement simple de ce film me permettait d’expliquer aux femmes comment raconter une histoire avec un point de départ et un point d’arrivée.
Nous avons convenu d’un jeu d’écriture à partir de leur vécu.

Lors des deux sessions suivantes, 14 femmes étaient présentes.
Chacune a raconté son point de départ de son pays d’origine (le dernier jour, leurs motivations…) et l’arrivée en France (le premier jour, première sortie…).
Puis chacune racontait une anecdote qui lui est arrivé en France, en la détaillant. Nous avons choisi ensemble quelques détails qui nous semblaient caractéristiques de la vie d’une femme immigrée fraîchement débarquée dans une nouvelle terre d’accueil (la solitude, le manque de repère, la difficulté à s’adapter à certains codes…).
À partir de ces détails, chacune inventait une histoire qu’une autre reprenait en inventant une suite… Et ainsi de suite.
Cette étape était décisive. Leurs confidences et histoires diverses les a rapprochée l’une de l’autre.

8 femmes ont décidé de former un groupe d’écriture.
La moyenne d’âge était de 30 ans avec une doyenne de 63 ans.
Elles voulaient raconter une histoire de solidarité entre femmes et insistaient sur une fin joyeuse au film.

Nous avons consacré 5 à 6 sessions à l’apprentissage de l’écriture cinématographique (la notion de scénario, de séquence, de dialogue, de personnage… ) et à l’écriture du scénario du court- métrage.
Nous avons ensuite travaillé le découpage technique avec des exercices pratiques et une première approche de la caméra (à l’aide d’une mini-DV).

Les dernières sessions étaient consacrées au travail de repérage à Champigny puis au dépouillement du scénario et à la recherche d’accessoires, de costumes…

Une comédienne est intervenue à quelques jours du tournage. Une session a été consacrée au jeu dramatique, avec des exercices de respiration, de relaxation mais aussi d’improvisation et de répétition face à la caméra.

Pendant le tournage qui a duré trois jours, les femmes se relayaient à la caméra et au son (entourées d’une opératrice de prise de vue, et d’un ingénieur de son). Une seule femme faisait la scripte et une autre était responsable de la régie.
Pendant quelques sessions de travail et tout au long du tournage, les enfants étaient présents et ont participé à l’atelier en tant qu’acteurs mais parfois aussi derrière la caméra.

Au-delà de l’apprentissage des techniques de fabrication d’un film de fiction, l’atelier a permis à ces femmes de sortir de leur isolement, de s’exprimer en français, mais aussi de se sentir valorisées par une aventure dont elles étaient le moteur du début jusqu’à la fin. Au fil des sessions de travail, elles ont aussi dépassé leur peur de s’exprimer et de se montrer en public. Celles qui refusaient d’être filmées ou photographiées au début figurent finalement dans le film.

Nadine Naous


Compte rendu de l’atelier de Bethléem


L’atelier de réalisation a été mis en place dans les locaux de l’association TAM (Women Media & Development) dans la ville de Bethléem. Il s’est déroulé entre le 12 et le 31 mars avec 4 jours de congés qui correspondent aux week-ends en territoires palestiniens. Les horaires de stage ont varié selon les étapes de la création. Pour la partie écriture, 5 séances. Pour la partie tournage : 4 journées. Pour la partie montage : 4 séances. Les finitions du film (mixage, sous-titrage et générique) ont été réalisées en France.
La présence d’une traductrice pour la partie écriture a été nécessaire. Pour la partie tournage et montage, nous nous sommes débrouillés avec celles qui parlaient anglais. J’étais assistée sur cet atelier par Suhair Farraj, réalisatrice travaillant à TAM

Les participantes

Au nombre de 8 permanentes, nous avons accueilli pour le tournage 6 autres personnes qui nous ont aidés soit pour la régie soit pour la figuration. Ce qui caractérise ce groupe de femmes est d’abord la diversité. Diversité de l’âge puisque la plus jeune stagiaire a 20 ans (Leila) et la plus âgée 72 (Antoinette). Diversité religieuse puisque le groupe comprenait des femmes musulmanes, des femmes chrétiennes et une communiste. Diversité des origines avec des femmes issues des camps de réfugiés (camp d’Aïda, camp de Déiché), des femmes natives de Bethléem et d’autres venant des villages. Cette diversité s’est révélée d’une grande richesse et complémentarité et nous avons formé au cours de cet atelier une « vraie équipe ». J’ai senti chez chaque stagiaire, une grande motivation et un fort désir d’exister en tant que femme dans un milieu où leur place est plutôt à la maison.

Fahima Manasra 36 ans. Célibataire, elle vit avec ses parents dans un village dont elle est élue au conseil municipal. Bénévole au sein d’une association « Secours Agricole », elle va de village en village former des femmes à la culture d’un potager. Elle a suivi de nombreuses formations. Elle a de sublimes yeux bleus qui rappellent ceux des Bédouins et des mains fortes et burinées que j’aimerais filmer. Elle est très attentive et ne parle qu’à bon escient. Une certaine gravité se dégage d’elle.

Harlam Wahsh 43 ans. Mariée, mère de 4 enfants, elle est originaire de Naplouse. Elle a été emprisonnée pendant 2 ans, accusée d’avoir fabriqué un cocktail Molotov. Durant sa détention, elle a été battue et a eu le nez brisé. Très militante, elle appartient à plusieurs associations qui défendent les femmes et la démocratie. Elle est communiste et revendique avant tout sa citoyenneté de palestinienne ; très volontaire, elle intervient beaucoup, son téléphone sonne souvent, son mari passe… Elle a repris des études pour être assistante sociale.

Ibtisam Abudamd 23 ans, réfugiée, célibataire, elle s’occupe de ses parents malades. Elle n’a pas fait d’études. Elle aime aider les gens et souhaiterait travailler dans l’audio visuel. Elle est très motivée, un peu timide.

Jamalate Abudamd 26 ans, réfugiée, mariée à 17 ans, elle a 2 enfants dont un garçon de 7 ans traumatisé par des bombardements subis à l’âge de 2 ans. Elle a repris des études (littérature anglaise) à l’université, elle milite dans un centre pour la paix et la démocratie. Sûre d’elle et volontaire, elle prend facilement la parole.

Leila Malash. 20 ans, célibataire, elle est réfugiée dans le camp Aïda, elle étudie à l’université et milite au « Secours agricole ». Elle a beaucoup d’imagination et elle intervient rarement mais toujours à bon escient et dégage une joie de vivre pleine d’humour.

Manal Hamamreth, 28 ans, célibataire, réfugiée dans le camp de Deiché. Elle travaille comme femme de ménage à TAM. Elle est d’une famille de 12 filles et sa situation est assez dramatique. Oppressée par ses parents, elle n’est pas sûre d’elle et elle ne s’épanouie qu’au travail. Elle parle volontiers d’elle en petit comité. C’est la première formation qu’elle suit. Samira Abu Srour, 38 ans, réfugiée dans le camp d’Aïda, mariée avec 4 enfants. Elle a repris des études (anglais), elle a beaucoup d’activités bénévoles surtout au centre culturel du camp.Elle est extrêmement motivée, sensible et appliquée, elle intervient souvent.

Antoinette Knécévitch, 72 ans
, native de Bethléem, institutrice à la retraite. Elle est catholique très pratiquante. D’un milieu aisé, elle est très active dans plusieurs associations d’aide aux personnes. Elle parle le français et l’anglais. Elle a une idée par minute et participe beaucoup !


Écriture

J’ai présenté le projet en expliquant pourquoi le choix d’une fiction et notre désir de partir vers l’imaginaire, le possible, le rêve. J’ai parlé des femmes de Champigny et j’ai fait défiler des photos prises pendant leur atelier. J’ai raconté ensuite le scénario que les femmes de l’atelier de Nadine Naous ont imaginé. Elles ont trouvé cette histoire de solidarité intéressante. De leur côté, leur désir est d’exprimer la souffrance du peuple Palestinien et leur combat pour la paix et la démocratie. J’ai montré deux courts-métrages : Be quiet et El Grande Zambini. Avec ces deux supports, nous avons abordé le langage de l’image (les valeurs de plans, les raccords etc.) ainsi que la structure narrative. Plusieurs propositions d’histoire ont été abordées et nous nous sommes mises d’accord à l’unanimité sur une. Nous avons travaillé d’abord sur une continuité séquentielle puis, divisées en 2 groupes, nous avons développé les séquences. Chaque groupe a rendu compte de son travail et ensemble nous avons écrit la version définitive. Le scénario a été traduit en arabe. Pour le découpage technique, nous avons repéré les différents décors et à l’aide d’une petite caméra, les femmes ont fait des propositions de cadre. J’ai bien sûr réajusté techniquement et attiré leur attention sur la nécessité de réfléchir aux raccords de plans. Elles ont très vite compris.

La préparation du tournage

Nous avons mis en place des essais pour la distribution du premier rôle pour lequel deux jeunes filles étaient volontaires (Ibtesam et Leila). J’ai été frappé par l’absence totale de conflit et d’esprit de concurrence. Pour les autres rôles, les choix se sont décidés naturellement en fonction de l’âge des femmes et de leur désir. Les accessoires ont été apportés par les femmes et j’ai acheté à Jérusalem quelques éléments de décor. Le tournage Nous avions distribué les rôles techniques en amont et chaque femme avait sa feuille de service. Le poste de secrétaire de plateau a été partagé entre Séverine Laville, une jeune volontaire française qui travaille à l’association TAM, et une stagiaire qui changeait chaque jour. La cameraman Suheir a pris en charge la formation pour l’image. Une clapman, une perchiste, une décoratrice et une régisseuse complétaient l’équipe. Par ailleurs, une caméra était mise à disposition et empruntée chaque jour par l’une d’entre elles afin de réaliser le « making off » qui sera ensuite monté à l’association TAM par les stagiaires volontaires. Les journées de tournage ont été très denses notamment, celle, passée près du mur. La journée de tournage dans les oliviers a été aussi un beau moment car très peu de femmes ont les moyens d’aller à la campagne. Dans l’ensemble, les tournages se sont bien déroulés bien qu’une certaine lassitude se faisait sentir lorsque nous avions besoin de filmer plus de 5 prises.

Le montage

Toutes les femmes y ont assisté d’une façon assidue et très participative. Nous avons monté sur le logiciel I Movie qui est très simple d’accès. Les femmes ont beaucoup discuté sur le choix des plans et surtout sur la séquence dialoguée. J’ai été frappée par leur souci des détails et du langage. J’ai eu de leur part des missions très précises pour le mixage comme celle d’enlever juste un mot en début de phrase ! Elles ont aussi pris conscience durant cette étape des erreurs de tournage où leurs exigences de précision étaient moindres. Elles ont toutes apprécié le film et elles disent en être très fières.

Conclusion
Le bilan de cet atelier est pour moi totalement positif. D’un point de vue de la formation, le projet a été mené jusqu’à son terme sans difficulté. Les femmes ont été assidues et attentives et toujours dans le plaisir d’être présentes. Elles ont pris beaucoup de notes et certaines souhaitent compléter leur formation par d’autres stages. L’association TAM qui nous a prêté ses locaux et assisté a participé pour la première fois depuis son existence à la création d’une fiction D’un point de vue humain, nous avons constitué une véritable équipe, solidaire, travailleuse et joyeuse. Des femmes très différentes se sont côtoyées et appréciées et resteront en contact. Personnellement, j’ai vécu une aventure inoubliable par la découverte d’un peuple, d’une situation et surtout dans la rencontre de ces femmes courageuses et dignes auxquelles je me suis attachée et que je compte revoir prochainement. Pascale Diez

Top