Histoire

Les studios de cinéma du Val-de-Marne



Généralement, on parle rapidement de Paris lorsqu’on parle de l’histoire du cinéma. Difficile à louper, le rôle de la capitale a été majeur dans le développement du 7ème art. Cependant, son voisin le territoire du Val-de-Marne, lui, est souvent oublié… Saviez-vous qu’il a accueilli un grand nombre de tournages pour des films devenus célèbres ? Que trois des studios les plus importants de l’époque s’y sont installés ?

Aujourd’hui, nous revenons sur ce qui a fait du Val-de-Marne un département si important pour le cinéma.

DES LIEUX EMBLÉMATIQUES

 

Combien d’entre vous ont déjà mis les pieds dans un cinéma Pathé ? Il faut savoir qu’avant de devenir le plus ancien groupe de salles de cinéma, ce nom était celui de Charles Pathé, un industriel et producteur de cinéma. En 1896, il fait le choix d’implanter ses premières usines à Vincennes où il tournera et coloriera des films, développera des négatifs, et fera évoluer tout le cinéma français en étoffant son catalogue.

 

Rapidement, les usines Pathé cessent d’être le seul lieu de cinéma dans le Val-de-Marne puisqu’elles sont rejointes par les studios de Joinville-le-Pont. Actifs pendant une soixantaine d’année, entre 1910 et 1970, les studios représentaient à eux seuls 40% de la production nationale du cinéma. Avec 16.500m² et 7 plateaux différents, ils furent longtemps surnommés « le petit Hollywood ». A leur actif, nous pouvons citer des films comme Les Misérables (1933) de Raymond Bernard, Le Quai des brumes (1938) de Marcel Carné, ou La Bête humaine (1938) et French cancan (1954) de Jean Renoir.
Malheureusement, les tournages deviennent plus difficiles et rares pendant la période d’après-guerre et le studio passe dans les mains de plusieurs exploitants avant d’être détruits en 1991.

 

Par ailleurs, ce n’est pas le seul endroit dédié aux tournages à avoir connu ce destin. Créés en 1913, les studios de Saint-Maurice vont eux aussi fermer définitivement en 1971 à la suite d’un incendie. Malgré tout, pendant leurs années d’activité, ils vont tout de même être prolifiques dans leurs productions. En 1930, ils sont investis par la société Paramount Pictures qui décide de les remettre à neuf et les équiper pour le cinéma parlant. Les studios deviennent alors un lieu de production de films multilingues, d’abord à destination de films tournés aux États-Unis puis pour le marché européen. En effet, avant que l’on invente le doublage, les scènes étaient tournées dans différentes langues, avec des acteurs de différentes nationalités ! Par exemple, pour le célèbre film marseillais Marius (1931) de Marcel Pagnol, des versions allemandes et suédoises ont été tournées en parallèle. Pourtant, malgré ce succès, les studios se vident dans les années 60 avec l’arrivée de la télévision et la désertion des salles de cinéma. Les décors naturels sont aussi mis en avant, ce qui amoindri l’utilité des studios. Après l’incendie de 1971, le studio ne reprend pas son activité.

 

Il est également intéressant de mentionner que, à partir de 1947, pendant leur période commune d’activité, ces deux studios étaient réunis par la société Franstudio. Créée par Gaumont et Société Nouvelle Pathé Cinéma, cet ensemble permettait de regrouper dans une filiale commune les plus grands studios de l’époque : les studios de Joinville (à Joinville-le-Pont), de Saint-Maurice (à Saint-Maurice), de Francoeur (à Paris), et les studios Pagnol (à Marseille). Aujourd’hui, plus aucun d’eux n’est en activité.

 

Cependant, tous les studios du Val-de-Marne n’ont pas fermé leur porte… L’activité qui avait lieu à Joinville-le-Pont est transférée à Bry-sur-Marne par la Société Française de Production (SFP) et d’immenses studios conçus sur le modèle Hollywoodien ouvrent leurs portes en 1987. Cette fois ci, les plateaux sont toujours au nombre de 7 mais la surface du lieu s’étend à 40.000 m2, ce qui en fait l’un des plus grands studios de cinéma de France. A l’intérieur, tout peut être géré : la lumière, le stockage des décors, les loges, la post-production…

Aujourd’hui, ces plateaux sont possédés par la société Transpalux et sont toujours utilisés, notamment pour de nombreuses séries et émissions de télévision.

Au cours de leur vie, les studios de Bry-sur-Marne ont donc vu se construire une grande variété de films, bien qu’ils ne soient parfois utilisés que pour quelques scènes. Dans cette longue liste, nous retrouvons à la fois des grands classiques du cinéma comme Un long dimanche de fiançailles (2004) de Jean-Pierre Jeunet, Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola ou Hunger Games : La Révolte, partie 1 (2014) de Francis Lawrence, et des films bien plus récents comme Vermines (2023) de Sébastien Vaniček ou Le Comte de Monte-Cristo (2024) d’Alexandre de Patellière et Matthieu Delaporte.

 

Pour l’anecdote, c’est aussi à Bry-sur-Marne que, en 1837, Louis Daguerre invente le daguerréotype, un procédé à l’origine de la photographie. De plus, c’est également sur ce territoire que l’on peut trouver l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), qui s’occupe de soutenir la recherche dans le cinéma et d’archiver les images du patrimoine audiovisuel français.

Enfin, c’est dans le Val-de-Marne que s’installe Ladislas Starewitch, un réalisateur de films d’animation. Pionnier du film de marionnettes animées, il est le premier réalisateur d’un long métrage d’animation utilisant cette technique avec Le roman de Renard (1930).

 

Aujourd’hui, le Val-de-Marne garde des traces de cet héritage et continue de jouer un rôle important dans la culture en France. De nombreux films continuent d’y être tournés, des musées y valorisent l’histoire du cinéma, et plusieurs évènements autour du 7ème art y ont lieu. Parmi eux, n’oubliez pas le festival Ciné Junior, qui aura lieu du 4 au 15 février 2026, pour redécouvrir les lieux culturels du département et continuer d’y faire vivre le cinéma !
 

 

 

 

 

 

 

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