Le métier de coordinateur.ice d’intimité
Cette année, au sein du Grand Jury, notre festival Ciné Junior a accueilli plusieurs professionnel.les dont une coordinatrice d’intimité, Laure Roussel. Mais alors, quelle est la fonction exacte de ce métier ? Encore assez méconnu, c’est un rôle qui a émergé depuis 2017 sur les plateaux et qui gagnerait à avoir plus de reconnaissance.
Aujourd’hui, nous allons donc en profiter pour revenir sur le métier de coordinateur.ice d’intimité : en quoi il consiste, quelles qualités il requiert et quel parcours pour y accéder.
Qu’est-ce qu’un·e coordinateur.ice d’intimité au cinéma ?
Comme son nom l’indique sobrement, les coordinateur.ices d’intimité orchestrent les scènes intimes. Né en 2017 aux États-Unis en réaction au mouvement #MeToo, ce rôle est avant tout apparu comme un moyen de protéger les conditions de travail des artistes. Plus concrètement, c’est une personne qui ouvre un dialogue avec les comédien.nes et les réalisateur.ices et s’assure que les scènes d’intimité soient tournées dans la sécurité et le consentement de tous les participant.es. Avant leur apparition, les comédien.nes devaient prendre sur eux et s’adapter, en n’ayant comme éventuel intermédiaire avec les réalisateur.ices que les équipes de maquillage, de costume, ou de mise en scène.
Ainsi, les coordinateur.ices d’intimité vont accompagner la mise en scène et les interprètes dans ces scènes intimes qui peuvent aller de la nudité à la sexualité stimulée, les violences sexuelles ou tout contenu nécessitant une exposition. Bien qu’il y ait parfois besoin de participer à l’élaboration des chorégraphies, il ne s’agit pas de remplacer ou restreindre la place des réalisateur.ices. Le but premier est de trouver un terrain d’entente entre la vision des réalisateur.ices et les limites des acteur.ices, dans la sécurité de chacun. Le terme « coordination » renvoie par ailleurs à cette idée de dialogue entre les différentes personnes concernées.
Avant le tournage, un dialogue va donc être entamé avec les acteur.ices et parfois leurs proches. Les détails des scènes sont abordés, décortiqués, détaillés. Ensuite, elles sont répétées pour s’assurer que tout le monde a la même idée en tête, dans une idée de médiation. Souvent, le métier est comparé à celui de coordinateur.ice de cascades : il ne viendrait pas à l’idée de se lancer dans une cascade sans aucune préparation ou idée claire de ce qu’il va se passer. Il faut d’abord passer par le dialogue, la chorégraphie, les répétitions…
Le métier ne commence donc pas en tournage mais s’étend sur toute la préparation en amont : les entretiens individuels et collectifs, la mise en scène choisie (quelle lumière, quel cadre) … Si une réserve est émise, la scène est adaptée jusqu’à correspondre aux limites des comédien.nes.
Les outils et compétences des coordinateur.ices d’intimité
Bien entendu, une des premières qualités que doivent avoir les coordinateur.ices d’intimité est une grande capacité de communication. Étant parfois dans des situations précaires, il peut être délicat pour un.e comédien.ne de s’adresser directement aux réalisateur.ices, qui représentent les pleins pouvoirs sur un plateau. Ce sera la mission des coordinateur.ices de faire passer les messages et s’assurer d’une communication respectueuse et saine entre eux. En plus des réalisateur.ices, les coordinateur.ices s’adressent également aux producteur.ices, aux équipes de mise en scène, aux familles des comédien.nes et bien sûr aux comédien.nes eux-mêmes.
Allant de pair, il faut avoir une grande ouverture d’esprit et une compréhension de l’autre. Parfois, il s’agira d’aborder des sujets difficiles ou des traumatismes et il faut avoir les armes pour gérer de tels sujets. Patience, douceur et attention seront d’autant de qualités appréciées par les interlocuteurs.
Comme mentionné précédemment, les coordinateur.ices d’intimité peuvent aussi avoir à aider à l’élaboration des chorégraphies ou des choix de mise en scène, ce qui implique également des connaissances cinématographiques. Un regard aiguisé sur l’image tournée permettra d’en assurer la qualité et de porter le film pour le mener à son plus haut potentiel. Généralement très à l’aise sur un plateau, les coordinateur.ices doivent le connaître sur le bout des doigts afin de pouvoir aider les comédien.nes à s’y sentir bien.
Enfin, il est important de pouvoir rester serein et adaptable. Il faut pouvoir improviser selon les dialogues menés avec les différents participant.es. Chaque personne étant différente, il y a une infinité de manières de travailler selon ce qui fonctionne le mieux avec chacun.e Par ailleurs, au-delà du travail en plateau, le métier de coordinateur.ice est en constante évolution dû au fait qu’il est encore nouveau et en quête de ses propres codes. Il faut donc pouvoir gérer le développement régulier du cadre de travail, les nouvelles réglementations qui évoluent…
Comment devient-on coordinateur.ice d’intimité ?
Les coordinateur.ices d’intimité actifs aujourd’hui ont majoritairement eu des parcours très variés, venant des plateaux de tournage ou non, dû au fait qu’il n’y avait jusque-là aucune formation officielle. Cependant, il existe maintenant une formation CQP Coordinateur.ice d’intimité, dont les premières promotions sont en train d’être formées. Dans les prochaines années, les labélisations autour du métier devraient changer et s’officialiser, ce qui laisse entendre une plus grande présence et reconnaissance des coordinateur.ices d’intimité sur les plateaux.
Paloma Garcia Martens, Alma Jodorowsky et Jehnny Beth sur le tournage de la série Split d’Iris Brey ©Caroline Dubois
