Histoire

Alice Guy, pionnière du cinéma



Vous connaissez sûrement les noms de Georges Méliès ou des frères Lumière, mais connaissez-vous Alice Guy, pionnière du cinéma et première femme réalisatrice ?

Naissance du cinéma

En 1895 est fondée la société Gaumont. Cette même année, les frères Lumière présentent le Cinématographe Lumière, et projettent à cette occasion les courts métrages La Sortie de l’usine Lumière à Lyon, ou encore Le Repas de bébé. Pour la première fois, les images prennent vie à l’écran : c’est la naissance du cinéma.

 

Le saviez-vous ? Avant le cinématographe, il existait le Kinétoscope, créé par Thomas Edison et William Kennedy Laurie Dickson en 1888. Ce dispositif permettait déjà de visualiser des images animées, mais seulement de façon individuelle, et ne permettait pas la diffusion collective comme c’est aujourd’hui le cas en salle de cinéma par exemple.

 

Les débuts d’Alice Guy chez Gaumont et la naissance de La fée aux choux

Alors âgée de 23 ans, Alice Guy est embauchée en tant que secrétaire de Léon Gaumont. Elle assiste à l’une des premières projections du cinématographe et aux courts métrages présentés par les frères Lumière. En effet à cette époque, les films produits étaient très courts, et présentaient généralement une scène unique de la vie quotidienne, relevant alors du documentaire.

Inspirée, Alice Guy demandera l’autorisation à Léon Gaumont de réaliser ses propres films, ce qu’il acceptera à condition que cela n’empiète pas sur son travail de secrétaire. En parallèle de son emploi, Alice Guy devient alors la première femme réalisatrice, et signe son premier film La fée aux choux dès 1896. Le court-métrage d’une cinquantaine de secondes met en scène une jeune femme qui cueille des nouveau-nés dans des choux. Il s’agît alors de l’un des premiers films de fiction de l’histoire du cinéma.

 

Par la suite, Léon Gaumont commandera à la jeune femme d’autres films, qu’elle produira et réalisera avec l’aide de ses collaborateurs, parmi lesquels Louis Feuillade ou encore Ferdinand Zecca.

 

Le saviez-vous ? Au début du 20e siècle, Alice Guy comme Georges Méliès découvrent par hasard les effets spéciaux. Si aujourd’hui les trucages sont réalisés par ordinateurs, à l’époque, les réalisateurs et réalisatrices les confectionnaient en changeant leur pratique de la caméra ou de la pellicule. Par exemple, en tournant plus ou moins vite la manivelle de leur caméra, ils et elles pouvaient « transformer de paisibles passants en êtres pris de frénésie, ou au contraire, en dormeurs éveillés ».

 

Nouveau départ et carrière aux États-Unis

En 1906, Alice Guy épouse Herbet Blaché, un opérateur travaillant pour Gaumont en Grande-Bretagne, et le suit aux États-Unis. Elle nommera Louis Feuillade pour prendre sa place chez Gaumont en tant que directeur artistique.

Une fois sur le continent Américain, Alice Guy continuera de développer sa carrière en créant le studio de production Solax, avec lequel elle tournera encore de très nombreux films, et qu’elle dirigera entièrement, de l’administration au travail artistique ou encore logistique. Cette période sera particulièrement prolifique, puisqu’on estime qu’elle réalisera en moyenne un film par semaine, de 1910 à 1917.

 

Elle réalisera de nombreux western et mélodrames, particulièrement appréciés aux États-Unis, mais aussi des films très ambitieux tels que Naissance, vie et mort du Christ en 25 tableaux (1906), l’un des premiers péplums qui met en scène une centaine de figurants. Le film est également notable du fait de sa durée de 35 minutes, ce qui était très long pour l’époque et représentait environ 660 mètres de pellicule.

 

Le saviez-vous? À cette époque, les acteurs blancs refusaient parfois de jouer avec des acteurs noirs. Pour cette raison, certains réalisateurs grimaient des acteurs blancs, afin qu’ils interprètent les rôles de personnages noirs (pratique aujourd’hui nommée « Blackface »). Alice Guy refuse cette méthode et réalisera en 1912 A Fool and His Money, considéré comme l’un des premiers films au casting entièrement afro-américain.

 

Fin de carrière

En 1913, Alice Guy nomme Herbert Blaché président de la Solax, et en perd progressivement le contrôle jusqu’à ce que celle-ci soit entièrement absorbée par Blaché Features, la compagnie créée par son mari. Le couple divorce en 1922 et Alice Guy, ruinée, retourne vivre en France.

De retour sur les lieux de ses débuts, elle est maintenant considérée comme dépassée et ne parviendra pas à faire redécoller sa carrière. Plus tard, elle devient autrice de nouvelles et de contes pour enfants.

 

Le saviez-vous ? La pellicule est hautement inflammable, ce qui rend difficile la conservation des premiers films de l’histoire du cinéma. Alice Guy en a fait les frais lorsque les entrepôts qui stockaient ses films aux États-Unis ont brulé, peu avant son retour en France.

 

Alice Guy a beaucoup cherché à récupérer les films qu’elle avait réalisés. Au début du cinéma, peu de réalisateurs et réalisatrices signaient leurs films, ce qui rend l’identification difficile. Avec la naissance de la Cinémathèque française en 1936, elle réussit à en identifier certains datant de sa carrière chez Gaumont.

 

Alice Guy, première femme réalisatrice

Ainsi, Alice Guy aura été l’une des pionnières du cinéma, réalisant l’un des premiers films de fiction, ainsi que la première à posséder une société de production. Elle aura tourné plus de 1.000 films, parmi lesquels seuls 130 ont survécu jusqu’à aujourd’hui.

 

Après le succès qu’elle aura connu de son vivant, Alice Guy est pourtant tombée dans l’oubli pendant des années. Aujourd’hui, son travail fait l’objet de nombreux projets de réhabilitation et de revalorisation.

 

Au cours de l’année 2026-2027, les élèves du Val-de-Marne auront l’occasion de découvrir un programme de 17 de ses courts-métrages, dans le cadre du dispositif Collège au cinéma.

 

 

Festival de Cannes 1947 ©AFP

 



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