Le métier d’accessoiriste
Que serait Inception sans sa toupie et Kill Bill sans ses katanas ? Ou bien Forrest Gump sans sa boîte de chocolat ? Ces films auraient sans doute été moins impactants sans ces éléments iconiques… Or, travailler avec les objets est le travail d’une personne spécifique sur les plateaux de tournage, dont le rôle est crucial.
Aujourd’hui, nous allons revenir sur le métier d’accessoiriste : en quoi il consiste, quelles qualités il requiert, et quel parcours pour y accéder.
Qu’est-ce qu’un·e accessoiriste au cinéma ?
Comme son nom l’indique sobrement, l’accessoiriste a la charge des accessoires. Sur un plateau, c’est une personne qui doit avoir l’œil sur chaque détail, un outil à la main et prête à intervenir. Chaque objet qui sera à un moment ou un autre tenu par un.e comédien.ne doit parfaitement remplir sa fonction afin de briller lorsque le moment du tournage sera venu, et c’est le travail de l’accessoiriste de s’en assurer.
Avant le tournage, les objets doivent être préparés – de l’achat à la vérification, l’adaptation, la disposition, et la préservation. A mi-chemin entre le décor et le scénario, il travaille avec les chef.fes décorateur.ices mais aussi avec les réalisateur.ices et les scriptes, pour s’assurer des raccords entre les scènes. D’une variété infinie, les objets avec lesquels l’accessoiriste travaille vont des meubles aux bijoux en passant par la vaisselle ou les livres. Selon les besoins et les budgets, ils sont achetés, loués, récupérés… Et parfois même entièrement créés. Entre l’acquisition et le tournage, l’accessoiriste contrôle le transport et le stockage en s’assurant des règles de sécurité.
La présence d’un accessoiriste permet de mettre en harmonie et en valeur la direction artistique du film et la vision des réalisateur.ices. Parfois, il s’agit aussi de fixer des caprices ou des demandes impromptues. Lors d’une interview avec le CNC, l’accessoiriste Pierre Galliard explique ainsi son métier : « On peut vous demander n’importe quoi, comme faire un trou de plus à la ceinture trop grande d’un comédien. S’il y a une flaque d’eau à l’endroit où le réalisateur veut que les acteurs passent, c’est à l’accessoiriste de partir chercher du sable ou du gravier avec un seau pour combler la flaque d’eau », mettant l’accès sur sa capacité d’adaptation.
Pourtant, malgré cette grande responsabilité, l’accessoiriste est souvent seul à exercer son métier sur le plateau. Rarement accompagné d’un.e assistant.e, les responsabilités lui reviennent…
Les outils et compétences de l’accessoiriste
Comme mentionné précédemment, l’aspect le plus important pour devenir accessoiriste est d’avoir la capacité de s’adapter. Un profil créatif est tout indiqué : il faut faire preuve d’imagination et ingéniosité pour répondre aux demandes. Par exemple, dans la même interview, Pierre Galliard a raconté la création d’un faux bras de grand brûlé en expliquant : « Je suis allé acheter un bout de squelette et avec la mousse polyuréthane, j’ai fait de la chair puis j’ai mis du sang noir… ». Il faut y penser !
Bien entendu, la flexibilité de l’accessoiriste repose également sur sa capacité à se plier à des horaires fluctuants, au rythme de la vie des différents tournages, comme pour bon nombre de métiers du cinéma.
Allant de pair, la capacité de bricoler est également essentielle. Pour créer des objets – et parfois même des effets spéciaux – il faut avoir certaines compétences manuelles. Réaliser des effets décoratifs, adapter des armes, modifier des vêtements, inventer des livres… Tout cela nécessite d’être habile de ses mains. Une camionnette accompagne souvent les accessoiristes pour y rassembler tous les outils soigneusement rassemblés au fil des années.
Selon les réalisateur.ices, le niveau de détail exigé par objet varie. Pour The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson (2014) par exemple, plusieurs journaux apparaissent à l’écran. Là où de faux journaux standards auraient suffi à créer une illusion, le réalisateur a tenu à ce qu’ils soient intégralement écrits pour le film, y compris les pages intérieures, par soucis du détail.
Ce genre de cas relève une autre qualité importante de l’accessoiriste : une grande capacité de communication et d’organisation. Dialoguant avec plusieurs personnes sur le plateau, il doit faire en sorte que les informations passent bien d’un camp à l’autre et que les visions de chacun.e soient respectées. La préparation d’un film demande des échanges fréquents entre les différents membres des équipes techniques.
Enfin, il est important de pouvoir rester serein et prévoyant. L’accessoiriste n’est pas à l’abris de devoir faire des changements de dernière minute à un objet. Il doit toujours garder l’oreille ouverte et la main sur la boîte à outils, pour pouvoir répondre efficacement aux imprévus et ne pas retarder le tournage. La réactivité et un trait d’humour permettront d’accomplir chaque mission qu’on lui confie.
En résumé, l’accessoiriste est un le chaînon manquant entre Cendrillon et MacGyver, pour reprendre l’expression de l’Association Française des Accessoiristes de Plateau.
Comment devient-on accessoiriste ?
Il existe plusieurs formations pour devenir accessoiriste. Il y a la possibilité de s’orienter vers un CAP accessoiriste-réalisateur, un BTS design d’espace ou design de production, ou vers des écoles nationales comme l’ENSATT, l’ENSA, ou l’ESAD, pour se spécialiser. Pourtant, il ne faut pas négliger l’importance des stages et expériences directement sur les tournages. Pierre Galliard explique d’ailleurs qu’il s’est retrouvé dans ce métier « complètement par hasard », alors qu’il travaillait à la décoration sur un film. Comme certain.es de ses collègues, il a appris sur le tas en se forgeant ses propres méthodes selon les besoins.
© Alain Potignon/Onisep
